Fille du diableC'était un soir...C'était un soir où papa est rentré. Un de ces rares moments où il venait, posait ses affaires dans l'entrée, ne se déchaussait pas, allait d'abord dans la cuisine, mangeait quelques mandarines, un morceau quoi,… Puis il disait bonjour froidement à maman sans l'embrasser ou même s'approcher, puis il venait nous voir, souvent moi avant (souvent plus proche géographiquement dans l'appart) il venait me faire un bisou. Je détestais ça. Il me tenait, je le repoussais, il serrait fort mes bras pour me tenir, m'embrassais. Tout me dégoutais en lui : le fait qu'il soit si sur de lui, son insolence (ne pas se déchausser, « bouffer » avant de nous voir), son odeur (ce putain de gel douche Neutr… dont l'odeur me répugnait), tout… sans exceptions. Pour ça, ma mère avait fait un travail formidable. J'avais peur de lui parce que quand il rentrait, il criait, tapait sur maman, donnait des baffes à mon frère. Et avec tout le bien qu'elle me disait de lui, il était devenu mon pire ennemi, je refusais qu'il me touche. J'avais peur de lui et pourtant j'étais capable de tout devant lui, j'avais un courage à faire fuir un éléphant. Remplie d'une haine due à son comportement, son absence, la souffrance de ma mère, j'étais prête à tout… même à le tuer (mais ça je vous en parlerai plus tard). Puis il allait voir mon frère, l'embrassait, demandais comment ça se passait au collège (puis au lycée), regardait ses carnets de notes, l'engueulait, lui foutais une baffe. Il disait : « tu déconnes là, X (prénom de mon frère)! Tu déconnes vraiment! Puis il continuait, continuait,… « Qu'est-ce que tu cherches ? Tu veux faire ça plus tard c'est ça ?! » Etc. Moi je continuais à jouer, tout en écoutant. Ce soir là elle repassait dans le salon. Moi je jouais par terre, sur le tapis du salon. Mes parents se battaient souvent, même devant moi, mais jamais comme ce soir-là. Mon frère partait généralement dans sa chambre. Je me souviens qu'il a voulu m'amener, mais je ne voulais pas laisser maman seule. Leur bagarre a été d'une violence exceptionnelle, ils se donnaient des coups de poings, hurlaient de rage, se frappaient, se donnaient des coups de pieds. Tout a volé. Ils ont littéralement détruit tout le salon : vases cassés, chaises renversées, et des coups et des objets brisés, et encore et encore. Ca a mis longtemps. Je n'ai pas bougé. J'étais eux, j'étais elle, je respirais leur air, leur essoufflement était le mien, ma haine, mon déchainement était le leur. Mais je restais comme abasourdie par cette violence. Je ne savais pas qu'on pouvait frapper si fort, qu'on pouvait faire saigner comme ça, qu'on pouvait tout casser comme ça. Le salon c'était Beyrouth. Ca y est, c'est fini. Ils se regardent dans la haine. Ils n'ont pas un regard pour moi. Le silence après la tempête… ce silence angoissant. Ca va recommencer ou pas ? Je tourne la tête je regarde la porte de la chambre de mon frère, au bout de ce long couloir. Elle est fermée, il a mis la musique à fond. Il n'a rien vu, rien entendu. Puis papa bouge, il vient vers moi, pour sortir du salon. Je ne pense plus à rien. On peut faire mal comme ça ? Et c'est maman qui a fait ça ? Il se désinfecte. Son visage se contracte. Ca doit faire mal. J'ai mal. Je m'en vais. Il sort…Un peu plus tard je vais à la salle-de-bains pour aller aux toilettes (qui sont dans la salle-de-bains). Article ajouté le 2007-10-28 , consulté 103 fois CommentairesLiensRetour aux articles |
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