Fille du diableEnfant - soldat … Ma maman m'a parfaitement manipulé. Je devais la défendre et le détruire. Ben j'ai failli… ME détruire. Ces idées profondément encrées en moi, comme une mission à accomplir, par toute cette haine et cette envie de vengeance puisque c'est lui la source de toutes mes souffrances. Cette souffrance m'ayant enlevée toute peur, et m'ayant donné tant de courage. Je veux le détruire. Il est mon pire ennemi. Je le hais, je le déteste. Je vais le tuer. Je veux en finir. Il ne lui fera plus de mal, ni à elle, ni à nous, ni à personne. Je veux qu'il meure. Il va mourir. Je vais le tuer. L'arme ? Déjà prévue depuis longtemps. Cette longue machette courbe accrochée au mur dans le couloir, presque en face de la porte de ma chambre. Elle provient d'Amérique du Sud. Elle sert à se frayer un passage dans la forêt vierge. Je l'ai longtemps admirée, même petite, même avant de pouvoir la décrocher. Comme une souris, discrètement, je l'attrapais, allais vite dans ma chambre, me calant derrière la porte en prévoyant un endroit proche pour la cacher en cas d'intrusion subite dans mon QG. Je la sortais délicatement de son fourreau, je la nettoyais, frottais la lame soigneusement avec un tissus, j'admirai sa forme, sa couleur, ses rayures, ses petits endroits à peine ébréchés. Elle a servi. Elle sent… le froid, la terre, le métal. Elle brille, elle taille bien. Elle est à lui, elle servira à le tuer. Sans l'ombre d'un remords, ma décision est prise. J'accomplirai ma mission, coute que coute. Personne ne m'en empêchera. Je n'ai pas peur. Je ne sais plus ce que c'est. J'ai la fougue, la rage, la stratégie. Tout est prévu. Un soir, comme un autre, il ira dormir sur le canapé du salon. Je m'approcherai avec ce pyjama noir, en silence, sur la pointe des pieds, moi noire sur la moquette blanche. La lame dans mon dos pour éviter tout reflet. Je lèverai ma lame et je frapperai de toutes mes forces sur sa gorge, puis je tirerai la lame vers moi, pour « finir ». J'imagine tout. J'analyse toutes les possibilités (le « j'arrive pas à dormir » au dernier moment en glissant la machette sous le canapé -j'ai vérifié que ça passait-). Tout est calculé. Rien n'est laissé au hasard. J'ai 7 ans et je suis ce que j'appelle aujourd'hui un « enfant-soldat ». Je tuerai mon pire ennemi, mon père. Comme tout bon soldat, je vais m'entrainer : au maniement de la gâchette, à me battre. Je ne joue plus avec les filles à l'école, je me bats avec les garçons. Je regarde Highlander à la télé et je regarde comment il tient son épée, comment il place ses jambes, comment il frappe. Je mime dans ma chambre, je m'imagine la scène, je m'entraine,… Il n'est pas rentré pendant un mois, mais les crises répétées de maman et la souffrance qui y était liée ont accru ma conviction et mes entrainements, bien que moins fréquents, ont continué. J'ai reçu une carte postale. Une de plus. « Tiens tu as une carte de ton père ». Ce mot « père » était dit avec un dégout non dissimulé. Je regarde l'image, pas très beau. C'est Washington. Ok. Je retourne la carte. Je lis papa en bas. Je la jette dans mes affaires. Je ne l'ai jamais lue. De toute façon, c'est toujours la même chose : « ici on parle anglais, il fait beau, tu me manques, je t'aime ma chérie »… en gros, c'est ça. Je « je t'aime » avait pour moi un parfum d'ironie. « Tu me le montre si bien… moi tu vas voir comme je… te hais ! » De la haine, de la souffrance, un si petit corps. Mon frère avait alors 15 ans, un jeune ado déboussolé et mal dans sa peau. Lui seul a senti ma souffrance. Je passais de plus en plus de temps avec lui, à la maison, mais aussi dehors, je connaissais tous ses copains, je trainais avec lui, même tard le soir (plus de 10 heures). Il me donne beaucoup. Jamais un câlin, jamais un bisou, jamais une parole gentille, mais de l'amour, simple et pur. Jamais on ne parle de tout ça, mais jamais il ne me jugera, ni pour le fait que je déteste papa, ni pour quoi que se soit d'autre. Je ne sais pas ce qu'il a su ou pas. On n'en a jamais parlé. Ca le faisait souffrir. Donc c'est la loi du silence. Même aujourd'hui, il parle peu. Je ne lui pose aucune question. Je ne lui ai reproché qu'une chose : ne rien faire. Pour moi, il était faible. Moi forte, alors c'était moi qui allais le faire. Pour nous trois. Pour que maman soit heureuse, et nous ensemble toujours. Il m'a réappris à aimer, à vivre. Ben oui, même à 7ans, je ne vivais plus. Tout était devenu machinal, l'école une usine, la récréation j'allais droit vers le muret, je m'assaillais et j'attendais la sonnerie pour rentrer en classe, je joue de moins en moins, le soir je rentre en craignant une prochaine crise. Grâce à lui, j'ai repris je goût de vivre, j'ai recommencé à m'muser, à jouer dans la cour, à inventer des aventures dans les cachettes de la résidence. Mais cette saleté de souffrance ne me quittais pas et dès que je rentrais, tout été pareil. Toujours la souffrance, toujours la haine. Mais un ange devait veiller sur moi. Papa est rentré. J'avais la haine. Mais j'avais passé une bonne soirée avec mon frère. On avait fait une super bataille de chaussette. J'aurais presque gagné, malgré que lui se mette derrière son bureau et moi debout sur le lit! Hehe tricheur ! Quand papa est rentré, tout est devenu gris, tout est devenu noir. J'ai regardé la machette dans le couloir. Papa lisait sur le fauteuil. Tout était calme dans la maison. J'ai pensé je le fais ce soir, ou je ne le fais jamais… « Non ! C''est LUI le salaud, et moi la victime. N'inversons pas les rôles. Je n'irai pas en prison pour le mal qu'IL me fait." Ce jour-là je suis devenue adulte… Article ajouté le 2007-10-28 , consulté 91 fois Commentairesbrigitte site : vaincre-la-violence-famililae@blog4ever.com | le 03/03/2008 à 10:46:39J'ai lu vos articles... Que dire, tant de souffrance ... Et pourtant, tant d'amour ... L'amour que vous portez à votre frère, à votre mère, à vous même inconditionnellement. Mes propres enfants sont maltraités par leur père. Cela fait 12 ans que j'essaie en vain de les protéger... Mais je ne baisse pas les bras. J'ai repris goût à la vie le jour ou je me suis dit: plus jamais ça, ni pour mes enfants, ni pour aucun enfant ! Alors, j'ai crée un blog pour faire juste de mon mieux afin que la justice voit, que les gens ballaient un peu plus loin qu'à leur porte, que les mentalités bougent. Voici comment 12 après, alors que mes enfants n'ont plus d'espoir, je suis encore en vie. JAMAIS je ne pourrai accepter d'avoir vécu tant d'horreurs pour RIEN. Ainsi, la douleur de mes enfants, ma souffrance, je vous l'offre afin que mon combat pour l'Amour fasse en sorte que votre enfance, celle de mes enfants ne soient plus JAMAIS. Je vous propose de me rejoindre afin que nous tendions la main à un enfant qui souffre puis à un autre et encore un autre. Qui peut les comprendre mieux que vous, que moi ? Toutes ces petites mains dans la notre seront autant de soleils dans notre coeur ensanglanté. Ces sourires d'anges penseront nos blessures et nous formerons peu à peu une grande ronde d'Amour. Ce jour là, nous saurons que nous n'avons pas vécu CA pour RIEN. Si vous refusez de me suivre dans cette voie, sachez que je pense à vous et que votre témoignage me va droit au coeur. Courage, vous n'êtes pas une fille du diable mais une fille de lumière qui éclaire le monde sur l'amour vrai. Continuez votre blog, s'il vous plait. Il est important, essentiel que le monde voit la réalité, le quotidien des enfants qui souffrent aujourd'hui, ainsi que des conséquences de tant d'indifférence. Calypso. site : MachinChose.blog4ever.com | le 06/03/2008 à 22:33:54 C'est touchant se que tu dis la. filledudiable le 09/05/2008 à 17:06:00 Brigitte, merci pour ces mots. Ils font du bien, sincèrement. Je ne sais que vous dire, sinon merci, et courage pour vos enfants. Il ne faut jamais renoncer, alors je vous souhaite tout le courage du monde. Je m'en suis sortie je crois grâce à une "rage" profonde qui m'a permis de ne jamais renoncer. J'aimerai la donner à vos enfants et à vous. C'est un défi la lutte contre la souffrance. Je souhaite que vous puissiez faire du bien avec votre blog. Quant à moi, je ne crois pas en être encore capable. Un jour, je vous rejoindrai et je me battrai moi aussi pour l'Amour, pour la paix, pour que les enfants n'aient plus à payer la bêtise des adultes. Pour que cesse cette souffrance et cette indifférence. Bon courage à vous ! LiensRetour aux articles |
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